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Portrait d'une comédienne instinctive et authentique

  • 15 Feb 2017


C’est dans son appartement situé en plein cœur du Vieux-Nice et en ramassant son linge à la fenêtre que la niçoise la plus célèbre de France nous a reçu il y a quelques semaines. Son arrivée dans la capitale azuréenne, le Bar des Oiseaux, Mado ou encore sa philosophie de vie… Noëlle Perna a laissé tomber sa robe à paillettes fuchsia pour se livrer à cœur ouvert et en toute simplicité. Portrait d’une artiste unique au talent immense et à la générosité débordante.

Née en Algérie, Noëlle est âgée de 7 ans lorsqu’elle et ses parents s’installent à Nice. Les émotions sont fortes pour cette petite fille sensible et les images de cette arrivée sont toujours intactes aujourd’hui : « J’ai un souvenir très précis de la Prom’, de ses palmiers, de toutes ses lumières et de l’odeur de ses restaurants. C’était comme à la fête foraine ». Si les étoiles brillent dans les yeux de la petite fille rêveuse, la réalité n’est pas aussi rose et Noëlle vie une adaptation difficile. Pas facile en effet de trouver sa place lorsque l’on est fille de pieds-noirs et que l’on ne comprend pas la plupart des mots ou expressions locales. Malgré un accueil peu chaleureux, ses parents vont oser le défi fou de reprendre le Bar des Oiseaux en plein cœur de la vieille ville. Un sacré pari lorsque l’on sait que le Vieux-Nice de l’époque n’avait rien à voir avec le Vieux-Nice d’aujourd’hui : « Après des années ghetto, le Vieux-Nice s’est ouvert avec Jacques Médecin pour devenir un lieu de vie réservé aux niçois avec une véritable âme et une vie de quartier trépidante. Malheureusement, aujourd’hui, on est en plein dans l’époque du AirBnB, ce ne sont que des valises qui montent et qui descendent portées par la spéculation financière. Les commerçants d’antan et leurs métiers artisanaux ont laissé place à des pubs et restaurants bruyants et les habitants niçois sont partis laissant les rues vide d’authenticité et de vie… ». Un triste constat que l’artiste, amoureuse de sa ville, a pu vivre de l’intérieur, notamment lorsqu’elle était au comptoir de son bar.

Du bar à la scène
Car à 20 ans et alors que Noëlle poursuit ses études pour devenir éducatrice spécialisée auprès des enfants, elle se voit contrainte de reprendre le Bar des Oiseaux avec sa mère suite au décès brutal de son papa. Dans ce bar de quartier où règne une ambiance populaire, c’est la vie qui se déroule sous ses yeux et il n’en faut pas plus à Noëlle qui « trouve insupportable d’être enfermée toute la journée » et tente par tous les moyens d’exprimer sa créativité, pour la reproduire à sa sauce et en rajouter allègrement. Danses, blagues mais aussi cafés philo, expos, défilés de mode, festivals off… le comptoir devient son lieu d’expression favori et celui de ces coups de cœur… et les clients en redemandent. Parmi eux, Mado « une vraie cliente qui venait tous les jours dans mon bar et qui est la réplique exacte de celle que vous connaissez ». Noëlle aime tout chez elle, depuis ses exagérations jusqu’à sa mauvaise foi, et cette truculente et généreuse femme du sud devient le personnage principal de ses improvisations avec qui elle se permet tout. Pour autant, la scène et le one woman show, Noëlle n’y pense pas du tout et lorsqu’elle exporte son spectacle dans la capitale en 2003, elle est la première surprise et profite simplement : « je ne suis pas utilitariste, jamais je ne me suis dit que j’allais cartonner avec Mado. Je pense que les choses arrivent comme une nécessité ».

Instinctive et spirituelle
En effet, si elle avoue que le « one man » est beaucoup plus difficile pour les femmes « à qui on ne pardonne rien et qui n’ont pas été formées à être dans l’arène » que pour les hommes, elle nous confie aussi ne jamais avoir eu de plan de carrière et être complètement instinctive sans pour autant renier la réflexion. Une façon de voir les choses qu’elle tient probablement de son papa qui l’incitait à « être originale à tout prix » et à tout faire pour ne pas entrer dans la norme parce que « ne pas être un mouton de panurge, c’était réfléchir ». À l’école déjà, elle veut absolument monter sur l’estrade pour sa récitation mais les professeurs voient en elle une élève agitée plutôt qu’une élève créative. Adolescente marginale, elle trouve « que la société, c’est de la merde » et ne cesse de se poser des questions, « il y a forcément un sens à tout ça ». Des éléments de réponses, elle va commencer à en trouver à l’âge de 32 ans lorsqu’elle va devenir pratiquante bouddhiste : « j’ai appris à lâcher prise et à faire confiance à la vie car la vie est bienveillante ». Une pensée qu’elle dirige tout droit vers les tragiques évènements de Nice de juillet dernier : « vous sentez ce qu’il se passe depuis le 14 juillet ? On commence à réfléchir, à avoir une deuxième lecture des évènements… ». L’impact n’aurait pas été le même si ça n’avait pas été Nice où l’on a une mission particulière ici et elle en est convaincue, « Nice vient du grec Nikaia qui signifie victoire ! La vie nous montre quelque chose… à nous de nous poser les bonnes questions ». Merci Noëlle !

Entre nous

La citation / pensée qui a marqué votre vie ?

L’harmonie n’exerce aucun control, c’est une relation entre êtres autonomes.

Votre péché mignon ?
Les gâteaux… toute ma vie, ça a été une lutte permanente.

Votre plus beau souvenir ?
Le dernier, c’est quand le Bar des Oiseaux et entré au patrimoine départemental.

Selon vous, être une femme c’est…
Ouvrir les voies du futur.

Pour Noël, vous voulez…
Continuer d’avoir la joie de vivre et profiter du bonheur, c’est le plus beau cadeau de la vie !

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